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Réunion des socioprofessionnels à Bruxelles le jeudi 6 mars 2008

Compte-rendu du jeudi 6 mars 2008: une date importante pour l'avenir des courses hippiques et des jeux.

L'EUROPE DES COURSES BIENVENUE À BRUXELLES

Jeudi 6 mars, Parlement européen à Bruxelles.
Compte-rendu par JDG
Invités à Bruxelles par Jacques Toubon et Joseph Daul, députés européens, les socioprofessionels de nombreux pays d’Europe ont communiqué, par la voix de Christiane Head, leur « Déclaration commune des représentants des filières hippiques européennes ». Voici ce texte :
« Nous appelons le Parlement européen, le Conseil et la Commission à reconnaître de toute urgence la nécessité d’un cadre juridique et réglementaire européen clair et cohérent, qui assure :
1. Un retour équitable des paris aux courses qui en sont le support,
2. La protection de l’intégrité des courses et des paris hippiques.
Nous appelons la Commission européenne à élaborer une politique en ce sens, en concertation avec les filières européennes.
Il est nécessaire que, conformément au principe de subsidiarité, les Etats membres disposent d’un cadre juridique européen de référence sur les paris qui leur permette d’exercer leur compétence propre en conformité avec le droit européen. »
Ce texte est clair. On regrettera juste que, pour ne pas mettre en périlleuse situation les représentants des pays où le mutuel cohabite avec la cote fixe, cette déclaration n’ait pas clairement pris fait et cause pour le mutuel. Car, selon nous, le vrai clivage n’est pas entre les différents organisateurs de paris, mais entre le pari mutuel et le pari à cote fixe.

LE RÉCIT D’UN JEUDI D’AVENIR

Jeudi 6 mars, Parlement européen à Bruxelles.
Depuis des mois, on parle de l’ouverture du marché des paris hippiques en France. Des mois que les uns et les autres échangent des arguments.
Jeudi, à Bruxelles, la défense de notre filière a pris un tour nouveau, lorsque les professionnels des courses européennes ont pris publiquement la parole là où leur avenir va se jouer…
Il est 14h. Dans le hall du bâtiment occupé par le Parlement européen à Bruxelles, chacun piétine en attendant de passer les portails magnétiques. On se croirait à Vincennes ou à Longchamp : Dominique de Bellaigue et Bernard Desmontils (Cheval Français) sont en grande conversation avec Jacques Chartier, Pierre Julienne (GAET) et Paul Viel. Paul Essartial (Conseil des Chevaux) échange quelques mots avec Bernard Ferrand et Patrice Renaudin (Syndicat des Eleveurs). Pas loin, on aperçoit Emmanuelle Bour, Henri Pouret (France Galop), Richard Crépon (Association des Entraîneurs), Philippe Bouchara (Syndicat
des Propriétaires), Michel Bodiguel (Nantes). Et tant d’autres encore… Les socioprofessionnels français sont attendus au 5e étage du bloc E. Là, Jacques Toubon, député européen du PPE-DE (divers droite), et Joseph Daul, qui préside cette formation politique, organisent un colloque sur le thème de l’avenir des filières hippiques en Europe.
On se presse dans les ascenseurs de cet immeuble assez froid : verre, acier, béton. Arrivée sur les lieux : la salle E52A est ronde. Ses murs sont tapissés de bois ajouré, comme des moucharabiehs à angles droits. Plus haut, sur les parois, des bureaux en bocal sont réservés aux traducteurs, comme des loges d’opéra. La moquette est sobre, gris clair. A l’entrée de la salle se trouve un petit podium de neuf places, auquel font face cent vingt sièges selon un plan en demi-arc de cercle. Le demi-arc s’élève progressivement, comme dans un amphithéâtre.
A 14h30, la première des deux tables rondes commence.
Vite, chacun comprend qu’il s’agira plutôt d’une série de discours, prononcés par les principaux responsables des élevages européens. La plupart des interventions seront très applaudies, par un public en majorité acquis à la cause du pari mutuel.
Mais peu importe, au fond, qu’il n’y ait pas de vrai débat avec la salle. L’enjeu est ailleurs. Comme le dira le député De Vigo, fin connaisseur des arcanes de l’Europe politique, « votre premier devoir, si vous voulez que vos arguments soient entendus, c’était de venir ici les exposer. Les élus et les commissaires ne connaissent pas votre sujet dans le détail. Donc ce que vous faites aujourd’hui, ce travail d’explication, est très important. Capital. Ensuite si vos arguments sont bons, tant mieux. J’ai beaucoup aimé, tout à l’heure, lorsque Bernard Ferrand a parlé d’écosystème du pari mutuel. C’est une bonne formule. Il faudra s’en souvenir. Bref, soyez les bienvenus et recevez mes félicitations d’être ici. C’est le premier pas. Je crois d’ailleurs qu’il y a chez vous une course pour 2ans qui
s’appelle le « Prix du Premier Pas ». Alors souhaitons que le premier pas d’aujourd’hui vous mène au Derby ! »
Expliquer, exposer. Tuer dans l’oeuf les malentendus et les idées reçues ; voilà le travail de lobbying qui est essentiel en Europe et qu’une poignée de sociopros français a fait, jeudi, à Bruxelles. Depuis jeudi, selon une formule historique célèbre, aucun élu ou commissaire ne pourra dire « qu’il ne savait pas »…

LA LISTE DES PARTICIPANTS:
ANDRIEU Thierry, BARD Adeline, BARBE Corinne, BAZIRE Christian, BODIGUEL Michel, BOGTE Kim, BOUCHARA Philippe, BOUR POITRINAL Emmanuelle, CAILLER Fabien, CASSART Achille, CHARTIER Jacques, COWARD Nic, CREPON Richard, de BELLAIGUE Dominique, de LA MOTTE DE SAINT PIERRE Baudouin, DESAIX Nathalie Paris, DORUM Harald, DUPONT Ambroise, ESSARTIAL Paul, FELLOUS Patrick, FERRAND Bernard, FYRAND Tore, FREIDENVALL Claes, FRØYSNES Torbjorn, FEELEY Tom, GOURAULT Gérard, GRASSICK Michael, HALIK Miroslav, HARBOUR Malcolm, HEAD MAAREK Christiane, HENNAU Max, HERNON Joseph, HUART Clelia, JORGENSEN Jean, JOYEUX Frank, JULIENNE Pierre, de KERMADEC Alain, KLEIN Karin, KRATZER Jean-Pierre, LENFANT Jérôme, MAIGRET Christian, MAKINEN Vesa, MCGLYNN Cathy, MILLIERE Nicolas, MOCHON Jean-Philippe, PAOLONI Marc, PEDERSEN Truls, PINNINGTON Anna, PLANAS Raphaël, RENAUDIN Patrice, SANDIN Patrick, SOVERCHIA Maurizio, SEGUILLON Pierre-Luc, TIEDIKE Andreas, WRIGHT Howard, BERTRAM Yoannes, GARIN Delphine, POURET Henri, JOPPICH Benjamin, RAWE Sven, DUCATEL Jean-Louis, WISSOCQ Marie-France, MELCHOR Fernando, OISTAD Knut, FRATTINI Alessandra, PANDOLFI Gaia, PETTERSON Lars-Ove, BERNEREAU Serge, DESMONTILS Bernard, LESNE Jean, DOLZAN Bojan, DE MARMIESSE Bernard, LE GENTIL Bernard, STARCEK Simon, VEROVNIK Zoran, FORCIOLI CONTI François, JOHNSON Andrew.

DÉROULÉ DE LA JOURNÉE:
Les courses et plus généralement les filières hippiques ont été, une fois n’est pas coutume, au coeur de travaux au Parlement Européen. Ce jeudi 6 mars marque, en quelque sorte, un lancement : celui de nouveaux et véritables échanges entre les socioprofessionnels de l’hippisme d’une part et les parlementaires européens de l’autre.
C’est Jacques Toubon, parlementaire Européen PPE-DE (Divers Droite), qui a ouvert la session. Il est à l’initiative, avec Joseph Daul, Président du même groupe Européen, le premier du Parlement en nombre de représentants, de la conférence. Et, il faut le dire, Jacques Toubon a été brillant, aussi bien dans son introduction que dans la conclusion des débats.
On a souvent tendance, en France, a considérer les élus comme des gens qui survolent les questions qu’ils abordent. Jeudi, l’ancien Garde des Sceaux a, au contraire, montré qu’il maîtrisait parfaitement le sujet, ô combien complexe, des courses et des paris.
Animée par Pierre-Luc Séguillon, dont la passion des chevaux ne fait plus mystère et déjà animateur des dernières Assises du Cheval à Paris en décembre, la journée a permis de nombreuses prises de paroles. L’ensemble s’est organisé autour de deux tables rondes qui ressemblaient plutôt à une série de discours, complétées de débats avec la salle.

LES TEMPS FORTS:

TABLE RONDE 1 : QUEL AVENIR ÉCONOMIQUE POUR LES FILIÈRES HIPPIQUES EN EUROPE ?

Premier temps et moment fort de la conférence, cette table ronde a offert un éclairage du paysage européen des filières hippiques. Les contrastes entre les deux systèmes de prises de paris, de types Pari Mutuel et Bookmaking-Cote fixe, ont été largement soulignés. Au-delà de la situation économique actuelle, c’est bien l’avenir à plus ou moins court terme de toute une filière qui a été au coeur des échanges.
•L’Allemagne, souffre-douleur européen
Franck Joyeux (Allemagne – Représentant des courses de Baden-Baden).
Le retour sur le cadre législatif allemand, commencé en 1922, est édifiant. L’installation des opérateurs de type bookmakers, à partir des années 60, a conduit à la quasidisparition des courses outre-Rhin. Le système dual (Pari Mutuel/Books) s’est fait au détriment du premier. L’option prise dans les années 90 a accordé une délégation du pari mutuel aux opérateurs privés. Ceux-ci ont alors terminé leur travail de sape. En termes de chiffres, cela donne 130M€ pour le pari mutuel en 1998 et… 48M€ en 2007. En termes de réunions de courses, la dégringolade a suivi : 347 réunions en 1998 contre 217 en 2007. Franck Joyeux a concrétisé les pratiques possibles de opérateurs privés : « transfert des paris vers les paradis fiscaux, soustraction des gains à la fiscalité allemande. » A l’aune de cette expérience traumatisante, le représentant allemand fixe des règles intangibles : « Pour chaque euro joué, il faut un pourcentage qui revienne aux courses. Au niveau européen, le principe de subsidiarité est le système qui s’impose et permettra de protéger les systèmes mutuels comme celui qui existe en France ». Pour ce qui est de l’avenir des courses outre-Rhin, peu d’optimisme dans les propos : « Les Autorités Allemandes regardent désormais les courses avec peu d’intérêt et ce, d’autant plus que la dimension économique du secteur est aujourd’hui négligeable.»
•GB : il faut une rétrocession équitable
Nic Coward (Grande-Bretagne – Directeur Général du British Horseracing Authorities – BHA)
Représentant la « voie du Bookmaking », clé de l’organisation des prises de paris en Grande-Bretagne, Nic Coward a insisté sur le temps présent : « Nous sommes à un tournant.
» Le système de prélèvement, le Levy Board, basé sur les bénéfices du bookmaking, génère aujourd’hui 100M£, contre 1M£ dans les années 60.Cette contribution correspond à un taux de prélèvement de 10% sur les bénéfices.
Le BHA avait demandé 15% mais le Ministre en charge du secteur a arbitré à 10. « Mais le Ministre a dit que tout serait remis sur la table et que l’objectif de 15% pourrait être appliqué à l’avenir. » Une étude vient en effet d’être lancée par le gouvernement « dont l’objet est la révision du prélèvement et la définition du lien entre courses et jeux. »
Nic Coward se prononce « pour un environnement régulatoire avec une rétrocession équitable à la filière des courses. Ceci nécessite l’établissement d’un nouveau cadre. Les six prochains mois seront très importants. Le marché change à une vitesse incroyable et nous devons nous adapter à ces évolutions. »
•France : lien consubstantiel entre la forme du pari et le financement de la filière hippique
Bernard Ferrand (France – Président du Syndicat des Eleveurs)
Riche et documentée, l’intervention de Bernard Ferrand s’est clairement positionnée en décryptage des atouts du système français. Les dimensions propres à la relation intime entre le Pari Mutuel et les courses ont été détaillées, en termes d’avantages collectifs et sociétaux. La notion clé de « lien consubstantiel entre la forme du pari et le financement de la filière hippique » a été placée au centre de la démonstration.
Ce qui a mené Bernard Ferrand à parler d’un véritable « écosystème ».
Le système français se concrétise également dans « les 250 hippodromes existants dans notre pays et qui représentent, à eux seuls, près de la moitié du total des hippodromes européens ». L’intégralité de l’intervention française est retranscrite à la fin de ce numéro.
• Irlande : Prendre en compte la spécificité des courses
Joe Hernon (Irlande – Président de l’Association Irlandaise des Eleveurs de Pur Sang)
Le système irlandais est mixte, juxtaposant le pari mutuel et le bookmaking. « Ce double système fonctionne bien car tous les acteurs interviennent sous couvert d’une règlementation spécifique. Il faut expliquer à tous l’importante de la filière des courses dans l’économie rurale. Par exemple, le chiffre d’affaires des ventes de chevaux s’est élevé à 191 M€ en 2007 en Irlande. Le problème est le défi spécifique proposé par les courses : c’est un produit sportif associé à un animal. Or la Commission Européenne veut appliquer les mêmes règles de concurrence qu’à d’autres secteurs. Ce n’est pas possible. Il faut trouver des solutions viables qui prennent en compte la spécificité de notre industrie. Il faut faire entendre notre voix au niveau Européen sur nos particularismes. Si les books contribuent au système, en Irlande, via une taxe, il y a aujourd’hui des problèmes avec le bookmaking off-shore. »

TABLE RONDE 2 :QUEL MODÈLE POUR L’ORGANISATION DES COURSES ET DES PRISES DE PARIS

C’est un esprit purement européen, dans la droite ligne des projets sur les « Exchanges of best practices » (échanges des meilleures pratiques), qui a nourri la 2e table ronde. Des expériences et projets locaux, vivants et actifs, ont permis de pointer quelques critères de réussite à intégrer dans tous les travaux européens à plus grande échelle.
•Ne pas casser la compétence
Paul Essartial (France – Président du Conseil National des Equidés) a placé son intervention sur un angle politique et affectif.
« C’est le coeur qui parle. Les enjeux qui se dressent devant nous sont primordiaux car ils peuvent conduire à casser la compétence acquise, depuis quelquefois des siècles.
Dans cette hypothèse, on ne pourra pas alors la recréer. Le jeu doit être entouré par une législation forte.
Les prises de paris en ligne apparaissent comme un véritablement challenge pour nous. Il nous incombe de gérer tout les flux financiers qui circulent autour du cheval. »
•Le respect du caractère transfrontalier
Jean-Pierre Kratzer (Suisse – Président de la Fédération des Courses Suisses) met en exergue une condition première de réussite de travaux européens sur les prises de paris. Le maître mot est la dimension « transfrontalière ».
Fort d’une expérience lancée il y a 18 ans, entre le PMU français et le PMU romand, il a précisé les trois règles à respecter pour le succès d’un modèle transfrontalier :
1/ Rémunération équitable des filières hippiques : il doit y avoir autant de filières hippiques que de pays dans l’accord. Dans l’accord franco-suisse, une partie des enjeux réalisés en Suisse est redistribuée à la filière suisse même si les paris sont effectués sur les courses françaises.
2/ Il faut des législations strictes des deux côtés des frontières : les jeux ne sont pas une activité économique ordinaire. Les corollaires (addiction, blanchiment) doivent être au coeur de l’accord.
3/ Le principe de la territorialité du revenu des jeux. Les enjeux collectés en Suisse offrent des reversements tant à la filière française que suisse.
Les évolutions techniques ouvrent dorénavant de nouvelles questions : « Est-il possible de surveiller un opérateur de prise de pari par Internet ? Est-il possible de savoir d’où vient la prise de pari ? A ces questions, on peut répondre oui. Mais cela exige des systèmes de maîtrise et contrôle. »
•L’Europe hippique existe. Nous l’avons rencontrée
Fernando Melchor (Espagne – Président de l’Association Espagnole des éleveurs de pur sang Anglais).
Le rappel est cinglant : « Madrid a été fermé pendant 10 ans et nous ne voulons pas que ce genre d’expérience se répète ailleurs en Europe. Il y a une nécessité de solidarité entre les différentes filières nationales car aucun pays hippique ne vit aujourd’hui en autarcie.
Un dicton européen ne dit-il pas « Elevé en Irlande, entraîné en Grande-Bretagne, courir en France (où le système français permet des allocations de haut niveau) ? »
L’interpénétration est entre tous les systèmes européens est aujourd’hui totale.
L’Europe hippique existe. Nous l’avons rencontrée. La disparition d’une des filières (au niveau national, ndlr) serait un grand danger. »
•Les enjeux de l’éthique
Torbjorn Froysnes (Norvège – Membre de la Fédération des Courses Norvégiennes et représentant permanent de la Norvège au Conseil de l’Europe).
« Le système norvégien est à base mutualiste et très proche du Français. Aujourd’hui, nous sommes face à de nouveaux défis, ceux des pirates qui organisent des paris à partir de nos listes de partants. »
Le souci du caractère éthique est, à présent, au coeur des travaux, et par effet miroir, au coeur des inquiétudes des courses en Norvège.
« Le système mutualiste est un levier important contre le dopage. La recherche du bien-être animal est aussi devenu un de nos axes de travail, là encore rendu possible par la redistribution du système mutualiste. A contrario, nous pensons que les books ne feront jamais d’investissement dans ce domaine. »
•L’UET derrière la France
Patrick Sandin (Président de l’Union Européenne de Trot –UET)
« L’UET s’est engagée derrière la France à notre dernière réunion annuelle. Les filières hippiques européennes génèrent des contributions de l’ordre de deux milliards d’euros par an. Elles représentent de très nombreux emplois directs et indirects. Pourtant nous sommes inquiets par le développement de paris illégaux offshore.

DISCOURS DE BERNARD FERRAND, PRÉSIDENT DU SYNDICAT DES ELEVEURS, PRONONCÉ À BRUXELLES LE 6 MARS 2008

« Le modèle français a plus d’un siècle d’existence et il a conservé toute sa valeur et son efficacité sur les points essentiels qui caractérisent sa performance :
1.Encadrer et contrôler les courses et les paris pour garantir grâce au principe de la mutualisation :
•la régularité et l’intégrité des courses françaises et de leur prise de paris,
•le contrôle des flux financiers et en particulier de l’origine de l’argent investi avec les risques que comportent le problème permanent du blanchiment, compte tenu de la large internationalisation des courses,
•la surveillance des risques d’addiction, d’éventuels troubles de l’ordre social et du contrôle des prises de paris, par rapport à la jeunesse.
2.Financer l’ensemble de la filière dont les différentes composantes socioprofessionnelles sont, non seulement, les acteurs mais aussi les organisateurs du spectacle qui permet de générer le produit financier découlant de leur activité. Pour illustrer mon propos, je rappellerai qu’en France, quand on mise 10€, presque 1€ revient automatiquement à la filière. C’est à la fois juste, efficace et facteur de développement.
Non seulement le système français de Pari Mutuel dure depuis plus d’un siècle, gage de ses qualités, mais il a d’autant plus efficacement assuré harmonieusement le contrôle et la répartition des flux financiers que le Chiffre d’Affaires s’est développé dans des proportions considérables. Dans ces conditions, les principes évoqués précédemment à savoir, encadrer, contrôler et financer ont été d’autant mieux gérés et notre historique démontre que :
•les courses françaises sont un exemple de régularité. Elles sont sécurisées par rapport à la tricherie que l’on constate dans certains pays qui sont gérés par la cote fixe,
•le financement de la Filière permet d’assurer une juste répartition du produit financier du jeu en direction de ses acteurs. Ceci est l’une des raisons majeures qui explique les 250 hippodromes existants dans notre pays et qui représentent, à eux seuls, près de la moitié du total des hippodromes européens.
C’est aussi la preuve de l’efficacité du principe et de la performance de la mutualisation qui, irriguant la Filière par une contribution des ressources, a favorisé un large développement:
- de l’activité agricole liée à l’Elevage,
- des centres d’entraînement réservés aux professionnels,
- de l’activité sur les hippodromes.
L’ensemble étant synonyme de développement d’emplois et de richesses économiques régionales nouvelles.
Dans le même temps, ces 250 hippodromes ont générés, en plus des 67.000 emplois rémunérés, 6.000 autres « emplois » de bénévoles entraînant une vie associative forte et qui disparaîtront si le système devait être modifié car ces bénévoles ne le sont que parce qu’ils savent que leur action aide à vivre la Filière et qu’ils sont au service d’un intérêt général, ce qu’ils refuseront d’assumer s’il s’agit d’intérêt privé. On peut estimer à 50 % la fermeture du nombre d’hippodromes français dans une telle perspective, ce qui entraînerait des dommages graves sur l’aménagement du Territoire et pour des sites de rencontres qui sont en France un véritable phénomène social.
Comme nous l’avons dit, les Courses représentent en France, 67.000 emplois pour l’ensemble de la Filière française. Il faudrait y ajouter ceux des autres activités liées à un savoir faire souvent très ancien, tels les vétérinaires, les maréchaux-ferrants, les selliers, les bourreliers, etc…. Si la Filière Française est la 1ère en Europe et la 3ème dans le Monde en nombre de chevaux à l’entraînement et à l’Elevage, ceci est la résultante parfaite de notre système de financement.
Ce principe de juste retour à la Filière est à l’évidence d’autant plus moderne et adapté, que de nombreuses disciplines autour de nous souhaitent tendre vers cette orientation.
Les fédérations sportives et les organisateurs d’événements cherchent aussi aujourd’hui à protéger leurs droits face à l’exploitation commerciale qui peut être faite de leur spectacle via les paris sur internet.
Les récentes initiatives judiciaires prises par la Fédération Française de Tennis qui a découvert que le Tournoi de Bercy avait généré entre 500.000.000 et 1 milliard d’euro de paris sur internet sans qu’un centime ne revienne à l’organisation du Tournoi en est l’illustration. Et encore faudrait-il s’attarder au risque d’autant plus sérieux que des faits ont été connus et reconnus en matière de tricherie et de trucages sur ces épreuves sportives.
Nous vivons une époque exceptionnelle avec un développement technologique vertigineux et aujourd’hui, on peut depuis la Chine prendre un pari sur une course française, via un site basé dans un paradis fiscal, non seulement sans rien devoir à personne mais aussi sans contrôle de l’argent investi et en particulier de son blanchiment.
Je constate avec intérêt que la question du lien entre les paris hippiques en ligne et le financement de la filière hippique se pose avec la même acuité partout en Europe, y compris chez mes amis anglais, comme nous venons de l’entendre de la bouche de Nic Coward. C’est à l’évidence une préoccupation commune, qui explique l’initiative de cette réunion aujourd’hui.
Un opérateur commercial privé (bookmakers ou site web) a pour objectif de maximiser ses profits. On ne peut pas le lui reprocher mais c’est autant de masses financières perdues pour la Filière avec des risques graves sur la pérennité de son existence et la juste rémunération de ceux qui la font vivre.
On peut citer un exemple actuel, à savoir la contribution du Lévy Board qui participe au financement de la Filière Anglaise, sur la base d’un prélévement sur les marges des bookmakers.
Tous les ans, ce financement est renégocié et l’Etat doit intervenir pour rétablir l’équilibre entre les acteurs de la négociations, bookmakers pour qui les paris hippiques sont un produit parmi d’autres, et professionnels des courses. Ce sont donc des négociations contractuelles fluctuantes, des rapports de force qui déterminent le montant d’une part des ressources de la filière professionnelle.
C’est précisément ce type de relation économique déséquilibrée que le système français permet d’éviter.
Dans le cadre du pari mutuel, il existe un lien consubstantiel entre la forme du pari et le financement de la filière hippique : le pari est là « pour ça » en quelque sorte, et l’organisation mise en place a cet objectif dès le départ, par nature.
C’est pourquoi nous ne donnons pas, nous Français, le même sens aux mots « financement de la filière ». M. Coward a le souci que les paris en ligne reversent une part des enjeux à la filière hippique, comme nous. Mais lui le voit dans le cadre de négociations commerciales, quand les professionnels français souhaitent intégrer cette relation de financement dans le cadre, redistributif par essence, du pari mutuel.
La grande force du modèle mutuel est là : il fixe des règles, y compris en matière de financement de la Filière, et ses règles s’imposent à tous, dans la durée.
D’ailleurs, les simples chiffres traduisent parfaitement cette différence d’approche :
•En France, le jeu sur les courses représente deux fois moins qu’en Grande Bretagne mais on reverse quatre fois plus à la Filière ; en France, les ressources augmentent, en Grande- Bretagne elles diminuent.
On peut parler, à mon sens, « d’écosystème » du pari mutuel, tant cette métaphore me paraît parlante : autour d’un modèle de pari, toute une « économie » au sens large s’est mise en place. C’est pourquoi l’irruption brutale non pas de concurrents, mais de systèmes concurrents, a un impact désastreux dans les équilibres de cet écosystème, comme mon ami Franck Joyeux l’a décrit il y a quelques instants.
Je dirais, en conclusion, que le système français est celui qui répond le mieux aux exigences d’une activité agricole, économique et ludique très porteuse d’emplois. Cette activité détermine des objectifs très variés et différents, où la rigueur est d’autant plus essentielle, que les flux financiers sont considérables,
qu’ils iront en se développant et que leur contrôle doit être assuré avec rigueur si l’on veut éviter les dérives importantes, trucages et tricherie, que l’on rencontre aujourd’hui dans de nombreux pays.
Grâce à la mutualisation, les courses en France sont aujourd’hui un exemple :
•de l’organisation d’une filière d’emplois importante,
•du développement d’une agriculture qui représente plus de 200.000 hectares,
•de l’apport d’une juste rémunération des 67.000 acteurs qui initient un spectacle et une activité appréciés de tout un pays,
•de la conception, de l’aménagement et de l’aide à l’investissement des 250 hippodromes qui sont autant de sites de compétition, de vie associative, de lieux de référence parfois historiques et de pôles d’investissements.

A l’exception de l’Angleterre et de l’Irlande, il est à souligner que pratiquement tous les pays européens mais aussi d’autres pays à travers le Monde qui sont des références en matière de courses, tels les Etats-Unis, le Japon, l’Australie, ont fait appel au principe de la mutualisation car ils ont tous parfaitement compris qu’il s’agissait du système le plus performant et surtout le plus sûr.
Les années à venir, compte tenu du développement exceptionnel de la communication, peuvent être chargées de mille et un dangers et seule une organisation nationale peut assurer tout à la fois la régularité, la transparence et la pérennité d’une Filière qui, dans notre cas, constitue un véritable patrimoine historique.
Compte tenu des traditions, de la culture, de l’historique, des habitudes des populations de parieurs et enfin du fait des méthodes différentes de financement de nos filières, il apparaît que la voie de la raison et de la sagesse est de laisser chaque pays continuer d’opérer selon ses règles actuelles et que la nécessité d’une uniformisation du système ne saurait s’imposer, d’autant plus que 80 % des pays européens appliquent la mutualisation des enjeux.
En conclusion, et m’exprimant en tant que Président du Syndicat des Eleveurs de Chevaux de Courses Français, la plus importante organisation socio professionnelle de notre pays avec ses 2 000 membres, je voudrais souligner que c’est grâce au système du Paris Mutuel et de l’irrigation de la filière qu’il y a en France 20 000 naissances de chevaux de course par an, produits par des hommes et des femmes qui travaillent et qui font partie de la Société Française.
Les courses et l’élevage sont un patrimoine inestimable pour notre pays. Mais pas un patrimoine comme l’on exhibe la Tour Eiffel ou le Château de Versailles, ils sont un patrimoine humain et social. Le Pari Mutuel réussit à faire exister, vivre et fonctionner en France 250 Hippodromes et des milliers de fermes et de Haras, cet ensemble faisant partie du paysage français, de sa culture, de sa diversité. Ma présence à Bruxelles est motivée par ce point fondamental :
Les professionnels des courses et de l’élevage forment un monde agricole et sportif qui ne survivrait pas à la destruction du Pari Mutuel qui a été érigé précisément pour que la filière existe.
C’est la France agricole qui a refusé les paris à cotes fixes et qui a mis en place le système de mutualisation pour assurer un développement sur un mode durable. C’est ce que nous avons réussi jusqu’à maintenant. Aujourd’hui, je viens dire à la Commission que la France de la Terre, que la France profonde, que la France réelle refusera de se plier à un mode de pari imposé. Nous acceptons parfaitement le principe de la concurrence à condition que le système appliqué soit celui du pari mutuel, seul garant de notre survie.
J’affirme aujourd’hui haut et fort que nous ne transigerons pas sur ce principe fondamental: L’Europe veut le progrès d’activités saines, naturelles et durables. Son objet n’est pas de transformer l’espace Européen du sport et des courses en un immense tripot pour le seul bénéfice des preneurs de paris, excluant la vie de tout un monde dont les ressources seraient menacées.
Notre détermination est formelle et claire.
C’est pourquoi, nous demandons aujourd’hui à la commission et à Monsieur le Commissaire McCREEVY de bien vouloir recevoir une délégation de tous ces professionnels d’Europe rassemblés aujourd’hui, car nous sommes convaincus que lorsqu’il aura pris connaissance de la justesse de notre position et de notre détermination, sa sagesse le conduira à laisser à chaque pays le choix de son propre système.
Nous avons besoin, l’Europe a besoin, d’une filière hippique vivante, financée équitablement, car, sans nous, il n’y aurait ni chevaux, ni courses… ni paris.


News ajouté le : 12/03/2008 par CCHN


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